samedi 31 mai 2008

After great pain, a formal feeling comes-
The Nerves sit ceremonious, like Tombs-
The stiff Heart questions was it He,that bore,
And Yesterday, or centuries before?

The feet, mechanical, go round-
Of Ground,or Air, or Ought-
A Wooden way
Regardless grown,
A Quartz contentment, like a stone-

This is the Hour of Lead-
Remembered, if outlived,
As freezing persons, recollect the Snow-
First- Chill-then Stupor-then the letting go-


Après une grande douleur, survient une émotion guindée-
Les Nerfs sont solennels comme des Tombes-
Le coeur ankylosé se demande si c est Lui qui a enduré,
Si c'était Hier ou il y a des Siècles-

Les pieds, mécaniques, marchent-
Un chemin de Bois,
Devenus insoucieux
Du Sol, de l'Air, De Toute Chose-
Dans un contentement de quartz, semblable à une pierre-

Voici l'Heure de Plomb-
Si on lui survit, on s'en rappelle,
Comme des Personnes qui gèlent se souviennent de la Neige-
Tout d'abord-un Frisson-puis la Stupeur- Puis l'Abandon-


Emily Dickinson
, traduction Emmanuelle Le Cam.

vendredi 30 mai 2008

The Heart asks Pleasure-first-
And then-Excuse from Pain-
And then-those little Anodynes
That deaden suffering-

And then-to go to sleep-
And then-if it should be
The will of it's Inquisitor
The privilege to die-

Le Coeur demande -tout d'abord- du Plaisir
Puis-une Excuse pour ne pas Souffrir-
Puis-ces petites Baumes
Qui calment la douleur-

Il demande ensuite-à s'endormir-
Puis-si telle pouvait être
la volonté de son Inquisiteur
Le privilège de mourir-


I died for Beauty-but was scarce
Adjusted in the Tomb
When One who died for Truth, was lain
In an adjoining Room-

He questionned softly "Why I failed"?
"For Beauty", I replied-
"And I -for Truth-Themselves are One-
We Bretheren, are, He said-"

And so, as Kinsmen, met a Night-
We talked between the Rooms-
Until the Moss had reached our lips-
And covered up-our names-

Je mourus pour la Beauté-mais à peine

Etais-je placée dans la Tombe

Q'un Personnage mort pour la Vérité, fut disposé

Dans une Chambre adjacente.


Il questionna doucement: "Pour quoi êtes-vous tombée?"

"Pour la Beauté", répondis-je-

"Et moi-pour la Vérité-Elles ne font qu'Une-

Frères sommes-nous", ajouta-t-il.


Alors, comme des parents, rencontrés une Nuit,

Nous discutâmes de Chambre à Chambre-

Jusqu'à ce que la Mousse eût atteint nos lèvres-

Et recouvert-nos noms-



Emily Dickinson, traduction Emmanuelle Le Cam
Alice fait sa toilette elle oublie les oiseaux elle oublie la faim elle oublie qu'elle mourra un jour.

ELC

Parce que je me moque de ce que tu penses et que je veux aller jambes nues je veux que l'ortie me pique que la fougère me caresse parce que je ne suis à personne quoique tu imagines.

Emmanuelle Le Cam

mercredi 28 mai 2008


Les chats signalent protection nouvelle loin de toi qui te rends à la pluie ordinaire des jours leur sommeil est apaisement leur sommeil est réconfort il veut dire je peux dormir aussi parfois.

Emmanuelle Le Cam

mardi 27 mai 2008

CATALOGUE CITADEL ROAD

Sentinelle, Marie-Josée Christien, 7 euros
Juste de Passage, Alain Jégou, 12 euros
Petit Nord, Alexis Gloaguen (épuisé)
La Maison de Poupées, Katherine Mansfield, 12 euros

D'Emmanuelle Le Cam:

Sang Angleterre Gelée, 11 euros
Mourir peut-être, 9 euros
Requiem pour Heather Jane, 5 euros
La marche du mot dans les artères, 7 euros
Matière-corps, 7 euros
Bleu profond, 7 euros

Les livres sont imprimés sur les presses typographiques de Jean-Jacques CELLIER, par ailleurs directeur des éditions LA DIGITALE. http://www.editionsladigitale.com/

Toute commande est à adresser à Citadel Road Editions, 8 rue Jollivet-Castelot, 56000 Vannes. contact mail: citadel.road@gmail.com
Je me perds dans la nuit pas de salut là où me guident mes pas loin des rivages rassurants je te laisse sur la rive j'emporte avec moi les sourires des adieux et quelques livres aussi.

Emmanuelle Le Cam

lundi 26 mai 2008

extraits du LIVRE DE LA PAUVRETE ET DE LA MORT

Je vais peut-être à travers de rudes montagnes
dans de durs filons, comme un minerai solitaire;
je suis si profond que je ne vois nul terme,
nul lointain; tout se transforme en proximité
et toute proximité en pierre.

je ne suis pas encore un Connaisseur en Douleur
ainsi cette grande ténèbre me fait tout petit
mais s'il s'agit de toi:rends-toi pesant, pénètre:
que ta main vienne sur moi
comme je viendrai à toi protégé par ma gangue toute entière.


Toi, montagne qui demeuras là où surgirent les monts
pente sans couverture, cime sans nom,
neige éternelle dans laquelle boitent les étoiles
qui porte des vallées de cyclamens
et d'où provient tout le parfum de la terre
toi, bouche et minaret de tous les monts
d'où l'appel du soir n'a pas encore retenti.

Vais-je maintenant en toi? Suis-je dans le basalte
comme un métal non encore découvert?
respectueux, je remplis les rides de tes rocs
et sens ta dureté par tout mon corps.

Ou bien est-ce la peur qui m'étreint?
la peur profonde des villes immenses
dans laquelle jusqu'au menton tu m'as enfoui.

Oh, si un seul être t'avait adressé la parole avec justesse
au sujet de leur non-sens, de leur délire,
tu jaillirais, tempête des premiers temps
et les balaierais devant toi telles des écorces vides.

Et si à présent tu attends de moi que je parle juste,
alors je ne suis plus le Maître de ma Bouche
qui n'attend que de se clore pareille à une blessure
et mes mains se comportent comme des chiens
A mes côtés, répondant à tout appel.

Tu m'astreins, Seigneur, à une heure étrangère.


Rainer Maria Rilke.Traduction d'Emmanuelle Le Cam.

dimanche 25 mai 2008

Extraits de Juste de Passage, d'Alain Jégou



Des mots
Seulement des mots
Pour contrer les courants
Les assauts ravageurs
Du flot intransigeant
Des mots et des phrases
Venus d'ailleurs
Ourdis par d'autres coeurs
Soufflés par d'autres lèvres
Quelques poèmes pirates
Affalés en sourdine
Sur l'huis clos des tympans
Ressassés à pleines paumes
Lors des quarts solitaires
Les heures lentes empêtrées
Dans les bourrasques obscènes
Morsures des ciels de traîne
Dans le charnu confus
Des fureurs besogneuses


Trop éprouvé
Ereinté
Abattu
Pour se défendre
Se colleter avec le flux
Des hordes exaspérantes
Esprit lardé
Dérivant solitaire
Au coeur des dépressions
Et convulsions démentes
Minus sursaut de flamme
Chahuté par les vents
Et cadences hystériques
Le souffle grégaire
Des foules en mouvement
Houles et furies
Déferlements de rage
Dans la cinoque
Réalité des espaces méprisants


Oeil pour oeil
Haine pour haine
Vieux relents obsédants
Qui tiennent bon la marée
Et participent fringants
Aux défoulements des temps


(c) 2005, Citadel Road Editions


................................................................

Chronique de Jacques Morin issue de la toujours excellente revue Décharge:

Alain Jégou: Juste de Passage (Citadel Road Editions)
Le titre indique bien la fugacité qui caractérise ce nouveau recueil d'Alain Jégou. La plupart des textes demeurent dans la position que l'on pourrait qualifier d'adjective, tant ils déroulent des plus ou moins hexasyllabes pour une visée uniquement descriptive, soit d'un sentiment, soit d'une sensation, soit d'une réflexion. On lit parfois ce qui pourrait être des sortes de brouillons ou de gamme où l'on reconnaît le même début comme un refrain nécessaire à enclencher une autre suite qui déclinerait des variations sur le même thème. On retrouve ses fondamentaux, cette langue épicée entre breton et argot, qui ne néglige ni le calembour attifés comme des nazes de pic ni l'invention syntaxique Et triompher la vie. Alain Jégou reste dans la vindicte, dans la révolte, l'énergie un point de repère appréciable dans la poésie actuelle quelquefois émolliente.
12 euros. Contact: citadel.road@gmail.com

ALAIN JEGOU


ODE A UN ROSSIGNOL

I

Mon coeur souffre, une grande torpeur accable
Ma raison, comme si j'avais bu de la ciguë
Ou vidé il y a un instant une coupe de fort opiacé
Et que les eaux du Léthé m'eussent englouti:
Ce n'est pas par aigreur pour ta félicité,
Mais bien car ton bonheur m'enivre-
Toi, Driade des arbres aux ailes légères
Dans un mélodieux endroit
De hêtres verdoyants et d'ombre immense,
Avec aise tu chantes l'été, à gorge déployée.

II

Oh, qui m'offrira une gorgée d'un vin
Longtemps rafraîchi en la terre profonde,
Un vin au goût de Flore et de campagne verte,
De danses, de chansons provençales et de joie baignée de soleil!
Oh, qui me tendra une coupe remplie de la chaleur du sud,
Emplie de la sincère, rougissante Hippocrène,
Avec des bulles comme des perles pétillant sur le bord,
Et, bouche teintée de pourpre,
Que je puisse boire, quitter le monde sans être reconnu,
Avec toi disparaître dans la pénombre des bois.

III

Disparaître, se dissoudre, oublier tout à fait
Ce que parmi les feuilles tu n'as jamais connu,
La lassitude, la fièvre et l'agitation
Ici, où les hommes s'assoient et s'écoutent gémir;
Où les vieux secouent quelques rares cheveux gris,
Où les jeunes pâlissent, maigrissent et tels des spectres meurent;
Où penser mène à la peine grande
A la désespérance aux yeux de plomb;
Où la Beauté perd la lumière de son regard,
Tandis qu'un nouvel Amour languit sans espoir.

IV

Loin! Loin d'ici! Car je vais voler vers toi,
Non pas mené par les léopards de Bacchus,
Mais sur l'aile invisible de la Poésie,
Bien que l'esprit morne soit empêché et en retard.
Déjà me voici avec toi! Tendre est la nuit,
Et heureuse la Reine-Lune trône
Entourée de toutes ses fées-étoiles;
Mais ici nulle lumière,
Hormis celle qui depuis le ciel est balayée par les brises
A travers les ombres vertes et la mousse des chemins sinueux.

V

Je ne puis discerner quelles fleurs sont à mes pieds,
Ni quel doux encens parfume les branches,
Mais dans l'obscurité qui embaume, deviner
Chaque odeur attachée à ce mois de belle saison
L'herbe, le bosquet et l'arbre fruitier sauvage-
L'aubépine blanche et l'églantine des champs;
Des violettes vite fanées recouvertes de feuilles;
Et la fille aînée de la mi-Mai,
Les boutons de rose alourdis de rosée au goût de vin,
Les bourdonnements des mouches les soirs d'été.

VI

Assombri j'écoute et plus d'une fois
J'ai été presque amoureux de la Mort consolatrice,
Je lui ai donné de tendres noms dans plus d'un vers,
Afin qu'elle enlevât dans les airs mon souffle paisible;
Aujourd'hui plus que jamais il semble doux de mourir,
De cesser de respirer à minuit, sans douleur,
Tandis qu'à l'extérieur tu répands ton âme
Dans une telle extase!
Cependant chanterais-tu alors que je n'aurais plus d'oreille pour ouïr ton chant?-
Ton magnifique Requiem résonnerait en vain.

VII

Tu n'es pas né pour mourir, immortel oiseau!
Aucune génération affamée ne te foule aux pieds;
La voix que je perçois cette nuit fut entendue dans les temps
Anciens par empereurs et bouffons:
Peut-être est-ce cette même chanson qui trouva son chemin
Au travers du coeur de Ruth, quand, en proie au mal du pays,
Elle se tenait en larmes au milieu d'un blé étranger;
La même qui plus d'une fois a charmé de magiques croisées ouvrant sur l'écume
Des mers dangereuses sur terres de fées abandonnées.

VIII

Abandonnées! Ce mot sonne comme une cloche
Pour me séparer de toi, et m'en retourner à ma solitude.
Adieu! L'imagination, elfe décevant, ne peut me tromper aussi bien
Que l'annonce sa réputation.
Adieu! Adieu! Ton motet plaintif s'évanouit
Il dépasse les champs proches, passe au-dessus du ruisseau tranquille,
Franchit la colline et s'enterre pour finir en profondeur
Dans les clairières de la vallée proche:
Etait-ce vision, était-ce rêve diurne?
Envolée ta musique. Suis-je éveillé ou bien endormi?


John Keats, traduction Emmanuelle Le Cam



il a tant plu cette nuit je ne dormais pas je regardais par la fenêtre toute cette eau qui tombait et je tentais de ne penser à rien toujours une ancienne chanson me revenait cette chanson que je te chantais en anglais pour t'épater te rappelles-tu comme nous l'aimions ce poème de Yeats qui parlait d'un jardin idéal et d'amour non saisi à temps il a tant plu cette nuit mes souvenirs s'embrouillent ce matin la chatte Ella-Holly ronronne sur mon lit, insoucieuse de tout ce qui n'est pas félin et je l'envie.
Emmanuelle Le Cam

samedi 24 mai 2008

Qui te dit que je te regarde je continue mon chemin en rêvant tout plein les différends je les range dans les coins je balaie les évidences je suis rebelle et panier percé dans le jour qui avance il pleut à torrents je m'en balance de tes rancoeurs je m'en fiche de la pluie Siam saute sur mes genoux alors comment pourrais-je en vouloir à la vie vraiment?
Emmanuelle Le Cam

Come walk with me,
there's only thee
to bless my spirit now-
we used to love on winter nights
to wander through the snow;
can we not woo back old delights?
The clouds rush dark and wild
they fleck with shade our mountains heights
the same as long ago
and on the horizon rest at last
in looming masses piles;
while moonbeams flash and fly so fast
we scarce say they smiled-

Come walk with me, come walk with me,
we were not once so few
but Death has stolen our company
as sunshine steals the dew-
he took them one by one and we
are left the only two;
so closer would my feelings twine
because they have no stay but twine-

'Nay, call me not- it may not be
is human love so true?
can Friendship's flower droop on for years
and then revive anew?
no, though the soil be wet with tears,
how fair soe'er it grew
the vital sap once perished
will never flow again
and surer than that dwelling dread
the narrow dungeon of the dead
time parts the hearts of men-'


Viens marcher avec moi
il n'est que toi
pour à présent égayer mon esprit-
nous aimions les nuits d'hiver
marcher au travers de la neige
ne pouvons-nous renouveler d'anciens plaisirs?
les nuages se précipitent; ils sont noirs et furibonds
ils pommellent de leurs ombres nos monts
les mêmes qu'il y a de cela longtemps
à l'horizon ils finissent par se poser
en un empilement de masses brumeuses
tandis que la lumière lunaire
brille et parcourt, si véloce, le ciel
que nous pouvons à peine prétendre qu'elle nous a sourit

Viens marcher avec moi, viens
nous étions jadis plus nombreux
mais la Mort nous a volé nos compagnons
comme le soleil dérobe la rosée
elle les a pris les uns après les autres et nous
sommes les deux restants
c'est pour cela que mes sentiments se mêleraient encore plus aux tiens
car ils n'ont d'autre demeure que la tienne-

"Non, ne fais pas appel à moi. Cela ne se peut
l'amour humain est-il si sincère
la fleur de l'Amitié peut-elle dépérir des années
pour s'épanouir de nouveau?
Non, bien que le sol soit mouillé de larmes
bien que cette fleur grandisse
la sève de vie qui jadis périt
ne coulera pas de nouveau
et, plus certain que cet insistant effroi,
l'étroit donjon des morts,
le Temps sépare les coeurs des hommes."

Emily Jane Brontë, traduction Emmanuelle Le Cam


Tell me smiling child
what the past is like to thee?
an evening soft and mild
with a wind that sighs mournfully

Tell me what's the present hour?
a green and flowery spray
where a young bird sits gathering its power
to mount and fly away

And what is the future happy one?
a sea beneath a cloudless sun
a mighty glorious dazzling sea
stratching into infinity

Dis-moi, dis-moi donc souriante enfant
qu'est pour toi le passé?
un soir d'automne tendre et doux
où soupire un vent de mélancolie

Dis-moi qu'est le présent?
une branche verte et fleurie
où un oisillon rassemble ses forces avant le vol
avant de monter dans les cieux et de disparaître de quelques coups d'aile

Et qu'est-ce-que le futur, heureuse enfant?
une mer sous un soleil sans nuages
une mer puissante, glorieuse, éblouissante
s'étendant à l'infini.

Emily Jane Brontë, traduction Emmanuelle Le Cam

vendredi 23 mai 2008

Alain Jégou, auteur du Juste de Passage, paru chez Citadel Road en 2005, a obtenu le prix Henri-Queffélec 2008 pour son livre Passe Ouest paru aux éditions Apogée. (www. editions-apogée.com)
The night is darkening round me
the wild winds coldly blow
but a tyrant spell has bound me
and I cannot cannot go

the giant trees are bending
their bare boughs weighed with snow
and the storm is fast descending
and yet I cannot go

clouds beyond clouds above me
wastes beyond wastes below
but nothing drear can move me
I will not cannot go


La nuit s'assombrit autour de moi
les vents furieux et froids soufflent
mais un sort tyrannique m'a liée
et je ne peux partir

les arbres-géants penchent
leurs branches nues alourdies de neige
la tempête descend rapidement
je ne peux cependant partir

des nuages au-dessus de moi, des nuages au-dessous
des terres désolées au-dessus de moi, des terres désolées au-dessous
mais rien de lugubre ne parvient à me faire bouger
je ne veux ni ne puis partir

Emily Jane Brontë (1818-1848)
, traduction Emmanuelle Le Cam.
tu ne changes pas l'eau de la rivière coule je chantonne bas les chats sont des secrets que tu ne déchiffres pas l'envie vient de renverser le ciel de bâtir de nouvelles forteresses entre moi et moi-même pour piéger l'autre dans mon regard j'inventerais quelques étoiles je ne me rends pas l'eau de la rivière coule.
Emmanuelle Le Cam

jeudi 22 mai 2008

ODE AU VENT D'OUEST

I

Oh, Vent d'ouest Sauvage, ton souffle est celui de l'automne,

Toi dont la présence invisible chasse les feuilles mortes,

Fantômes fuyant un enchanteur,

Jaunes, noires, pâles et d'un rouge fiévreux,

Multitudes frappées de peste: oh toi,

Qui emportes jusqu'à leur sombre lit hivernal

Les semences ailées, où elles s'allongent dans le froid et les profondeurs,

Chacune comparable à un cadavre au tombeau, jusqu'à ce que

Ta soeur d'azur printanier fasse résonner

Sa corne sur la terre plongée dans ses rêves et emplisse

La plaine et les collines de teintes et parfums vifs

(Chassant de doux bourgeons, troupeaux qui nourrissent l'atmosphère)

Esprit Sauvage, qui contient tout dans son mouvement;

Destructeur et salvateur, écoute, oh écoute donc!

II

Sur ton courant, au sein du chaos de ce ciel abrupt,

Tu entraînes les nuages épars comme tu entraînerais les feuilles vieillissantes de la terre

Secouées depuis l'entrelacs des branches des cieux et des océans

Anges de la pluie et des éclairs, elles sont dispersées

Sur la surface bleue de ta houle aérienne

Comme la chevulure brillante et décoiffée

De quelque féroce Ménade, depuis l'extrémité sombre

De l'horizon jusqu'aux hauteurs du zénith,

Boucles de la tempête imminente. Toi ,chant funèbre

De l'année à l'agonie, pour qui cette nuit qui vient

Sera le dôme d'un vaste sépulcre

Une voûte de vapeurs puissantes rassemblées

D'où pluie noire, feu et grêle vont jaillir: oh écoute!

III

Toi qui tiras la bleue Méditerranée

De ses songes d'été, là où elle reposait,

Bercée par les remous de ses vagues de cristal,

Près d'une île de ponce dans la crique de Baïes,

Elle vit dans son sommeil d'anciens palais, d'anciennes tours;

Ils tremblaient au sein de l'intense houle du jour,

Tout tapissés de mousses azurées et de fleurs

Si douces que la raison défaille rien qu'à les décrire! Toi

Pour qui les pouvoirs apaisés de l'Atlantique

Se creusent de gouffres, tandis que dans les profondeurs

La flore maritime et les bois limoneux qui portent

Le feuillage dépourvu de sève de l'océan savent

Ta voix et soudain, de terreur, deviennent gris,

Et tremblent et se dépouillent: oh, écoute!

IV

Si j'étais feuille morte et que tu m'emportâs,

Si j'étais un nuage véloce qui t'accompagne

Une vague essoufflée sous ta puissance

Et partager l'élan de ta force, seulement moins libre

Que toi, Incontrôlable! si seulement

J'étais tel qu'en mon enfance et pouvais

Accompagner tes errances par les Cieux,

Comme lorsque dépasser la vitesse céleste

Semblait à peine vision, je ne me serais jamais efforcé

Ainsi avec toi en prière de douloureux besoin.

Oh, soulève-moi comme vague, feuille, nuage!

Je chois sur les épines de l'existence et je saigne!

Un lourd fardeau d'heures a enchaîné et courbé

Un homme trop semblable à toi: indompté, rapide et fier.

V

Fais de moi ta lyre, ainsi que l'est la forêt

Que m'importe si tombent mes feuilles comme les siennes!

Le tumulte de ses puissantes harmonies

Tirera de nous deux un profond son automnal

Suave bien qu'empli de tristesse

Sois, toi, esprit farouche

Mon esprit! sois moi-même, vent impétueux,

Conduis mes pensées mortes par l'univers,

Feuillage desséché qui reprendra vie!

Et par la répétition incantatoire de ces vers

Disperse, comme tu le ferais depuis un foyer inextinguible

Cendres et étincelles, mes paroles pour l'humanité!

Utilise ma voix pour éveiller la terre

Sois la trompette d'une prophétie!

Oh vent, voici l'Hiver, le Printemps peut-il être loin?

P.B SHELLEY, (1792-1822), traduction Emmanuelle Le Cam.



Et tu étends les bras tournes un peu sur toi tu cherches quoi la crédibilité sans doute je ne suis pas de ce monde neutre je secoue un peu la tête je regarde sur les côtés sur les côtés la voie est libre je prends tes mots au vol je prends la clé des champs-

Emmanuelle Le Cam

mercredi 21 mai 2008

Alexis Gloaguen, qui a publié à Citadel Road Petit Nord en 2006, anime une émission de radio hebdomadaire sur RFO. "Je vous prends au mot" est diffusée le mardi à 20 H (heure française) et rediffusée le jeudi à minuit. Pour l'écouter, rendez-vous sur le site d'RFO:http://saintpierremiquelon.rfo.fr, puis cliquez sur "les radios en direct".......
Victory comes late-
And is held low to freezing lips-
Too rapt with frost
To take it-
How sweet it would have tasted-
Just a Drop-
Was God so economical?
His Table's spread too high for Us-
Unless We dine on tiptoe-
Crumbs-fit such little mouths-
Cherries-suit Robins-
The Eagle's Golden Breakfast strangles-Them-
God keep His Oath to Sparrows-
who of little Love- know how to starve-

La Victoire vient, tardive-
Et est tenue basse aux lèvres qui se gèlent-
Trop émerveillées par le givre
Pour la saisir-
Comme elle eût semblée douce au palais-
Juste une Goutte-
Dieu était-il si radin?
Sa Table est dressée trop haut pour Nous
A moins de dîner sur la pointe des pieds-
Des miettes - conviennent à de si petites bouches-
Les cerises- sont faites pour les rouges-gorges-
Le Repas Doré de l'Aigle -les- étrangle-
Dieu est fidèle à la parole donnée aux moineaux-
Qui d'un petit amour-savent comment mourir de faim-

Poème d'Emily Dickinson
.
Traduction Emmanuelle Le Cam
Alone, I cannot be-
For Hosts-do visit me-
Recordless Company-
Who baffle Key-

They have no Robes, nor Names-
No Almanachs-nor Climes-
But general Homes
Like Gnomes-

Their Coming, may be known
By Courriers within
Their going-is not-
For they're never gone-


Etre seule, je ne puis-
Car des Hôtes - me rendent visite-
Compagnie non recensée-
Qui confondent la Clé-

Ils n'ont ni Vêtements de Cérémonie, ni Noms-
Ils n'ont pas d'Almanachs - ni de Climats-
Mais des foyers publics
Comme des Gnomes-

Leur Arrivée peut être connue
Par des Messagers de l'Intérieur-
Leur départ - ne peut l'être-
Car jamais ils ne me quittent -

poème d'Emily Dickinson. Traduction Emmanuelle Le Cam
What Inn is this
Where for the night
Peculiar Traveller comes?
Where the maids?
Behold, what curious rooms!
No ruddy fires on the hearth-
No brimming Tankards flow-
Necromancer! Landlord!
Who are these below?

Quelle est cette Auberge
Où pour la nuit
Est hébergé Singulier Voyageur?
Où sont les servantes?
Regardez! Quelles chambres étranges!
Il n'est pas de feu rougeoyant dans l'âtre
Ni de pots qui débordent de bière
Nécromancien et Hôte!
Qui sont ceux "d'en-bas"?

poème d'Emily Dickinson. Traduction Emmanuelle Le Cam.
Ah, Necromancy Sweet!
Ah, Wizard erudite!
Teach me the skill,

That I instill the pain
Surgeons assuage in vain,
nor Herb of all the plain
Can heal!


Oh, Suave Nécromancie
Oh, Sorcier savant
Apprends-moi comment

Faire pénétrer la douleur
Que les chirurgiens apaisent en vain
Et que nulle Herbe par toute la plaine
Ne sait guérir!


Poème d'Emily Dickinson. Traduction Emmanuelle Le Cam.
I'm Nobody! Who are you?
Are you-Nobody- Too?
Then there's a pair of us?
Don't tell! They'd advertise- you know!

How dreary-to be- Somebody!
How public-like a Frog-
To tell one's name-the livelong June-
To an admiring Bog!


Je ne suis Personne! Qui es-tu?
Es-tu -Toi aussi-Personne?
Alors nous sommes deux dans ce cas?
Ne révèle rien! Ils le crieraient sur les toits, comme tu sais!

Comme il est ennuyeux-d'être- Quelqu'un!
Comme il est en vue- ainsi qu'une Grenouille-
De décliner son identité-tout au long de juin-
A une Tourbière admirative!


Poème d'Emily Dickinson, traduction Emmanuelle Le Cam
Elle parle à demi-mots elle ne prie pas dans ses veines c 'est grand brouhaha elle crache par terre le soir rager après les étoiles c'est une lubie d'adolescente attardée elle ne nie pas elle dit je suis immature elle dit je n'ai pas de comptes à rendre dans la nuit elle part vers le port le bassin à flot est paisible les mulets voyagent dans ses eaux puantes.
Emmanuelle Le Cam

Je casse des bribes de cerveau à l'angle de tes certitudes je concasse les images lentes je parle aux chats d'un temps où j'étais petite reine au vélo vert où courir ne faisait pas mal aux genoux je parle d'un temps où tu n'étais pas là le temps des châteaux de sable et des gâteaux au riz des goûters sur la plage après le bain glacé les chats se roulent de bonheur sur la terrasse ensoleillée les chats comprennent la nostalgie et sa petite morsure les chats comprennent surtout que tu ne me comprends pas.
Emmanuelle Le Cam

tu ne pars pas ta présence est lourde je ne respire plus il fait octobre dans ma tête plein soleil dehors je souris du sommeil des chats ils ont les membres clairs tu décides de rester malgré tout dis-tu le vin ne coule pas dans nos verres la saison rampe j'attrape au vol quelques mots je ne te les tends pas.

Emmanuelle Le Cam

mardi 20 mai 2008

Requiem pour Heather Jane

Parce que
là où tu étais
Heather Jane
en partance
corps meurtri
pétri
de souffrance
parce que

en ce point focal
de nuit-Barbarie
je n'ai pas
su te suivre

je mérite châtiment

et peine de coeur



Qui donc
t'as mise sur la route
d'un malheur aiguisé
par des humains
à la saloperie
déguisée masquée putride?

D'humains
ils ne portent que le nom
Heather Jane

En route
vers la tombe
puisque
c'est vers elle
que tu vas
et que
ma bénédiction
n'a aucun poids
accepte encore
mes mots
qui n'en finissent
plus
de se haïr
de ne t'avoir
sauvée



Un combat
contre la mort
en marche
j'ai tenté

Pas réussi

Tu m'as pourtant
sauvée de moi-même

Requiem pour
Heather Jane



Je me rappelerai
ton
souffle court
tes reins-malheur
tes pattes si faibles
ta maigreur triste

la peine à manger
que tu avais
l'appétit de vie
étrange, toujours
malgré
toutes les maltraitances
par ton corps passées

Si seulement
il y avait un paradis
Heather Jane
for you and for me
je me couperais un bras
je t'y ferais grimper



Puisque ta vie
n'avait
aucun prix
pour ceux
qui te l'ont
pourtant volée

que nulle part
on ne t'a prise
en refuge et chaleur
que chez moi
pour un petit temps

j'aimerais soudain
qu'il y ait divinité

même
si je n'y crois
pas


Mais simplement
pour que l'agate
de tes beaux yeux
presque
chartreux
n'ait pas vu

pour deux
fois rien

Vannes, le 29 janvier 2004

(c)cCitadel Road Editions, 2004